Qui était Gainsbarre, l’alter ego de Serge Gainsbourg ?

MUSIQUE

Gainsbarre n’était pas simplement un personnage provocateur créé pour les médias. Cette face sombre de l’immense Serge Gainsbourg reflétait une part de sa personnalité et a contribué à son mythe.

Serge Gainsbourg a toujours eu un côté Gainsbarre

Né en 1928, Lucien Ginsburg, qui devient Serge Gainsbourg en 1957, se prédestinait à une carrière de peintre. Mais c’est finalement la musique qui va révéler cet artiste hors-norme sans conteste l’un des plus grands poètes de la chanson française. En 1958, il commence à se faire un nom avec notamment la chanson « Le poinçonneur des Lilas ». Le succès commercial n’est pas au rendez-vous, mais son talent ne va pas tarder à se dévoiler. Parolier de génie, il se met au service des femmes. Juliette Gréco, Petula Clark, Françoise Hardy et France Gall chantent ainsi du Gainsbourg. Cette dernière interprète notamment « Les sucettes », une chanson qui fait scandale en raison de son double sens érotique. Le scandale, la véritable marque de fabrique de Gainsbarre, ne tarde pas à poindre le bout de son nez. Après une brève mais sulfureuse liaison avec Brigitte Bardot, la grande star de l’époque, il rencontre Jane Birkin en 1968. Une nouvelle muse qui ne fait que confirmer le succès de Serge Gainsbourg, définitivement adoubé comme un artiste de grand talent.

Quand Gainsbarre se fait de plus en plus présent

La décennie 1970 sera celle de la consécration. Pas moins de quatre albums majeurs voient le jour durant cette période : « Histoire de Melody Nelson », « Vu de l’extérieur », « L’homme à la tête de chou » et « Rock around the bunker ». Sur ce dernier, le côté provocateur de Serge Gainsbourg est manifeste. Il faut dire que le parfum de scandale ne quitte jamais vraiment l’artiste, que ce soit dans l’univers musical ou même au cinéma où il a mené une carrière d’acteur et de réalisateur. En 1979, c’est même une levée de boucliers qu’il doit affronter lorsque sort l’album « Aux armes et cætera » sur lequel figure une version de « La Marseillaise » en reggae. Cependant, de choquer Serge Gainsbourg s’en moque : cela semble même être un moteur pour lui. Déjà à cette époque il consomme abusivement alcool et cigarettes et ne s’en cache pas. Le personnage de Gainsbarre est désormais installé en filigrane.

La décennie 1980 marque l’avènement de Gainsbarre

Lassée de ses excès, Jane Birkin quitte Serge Gainsbourg au début des années 1980. C’est un choc terrible pour l’artiste qui se réfugie encore plus dans l’alcool. C’est aussi un terreau fertile pour Gainsbarre, personnage qu’il évoque pour la première fois en 1981 dans la chanson « Ecce homo ». Mal rasé, arborant des lunettes noires, une cigarette continuellement à la main, Gainsbarre est né, et il va faire parler de lui. Sur les plateaux télé, on voit ce double de Serge Gainsbourg qui multiplie les provocations. Il brûle en public un billet de 500 francs, enlace Catherine Deneuve contre son gré, annonce en direct à la chanteuse Whitney Houston qu’il veut coucher avec elle, etc. Gainsbarre continue dans la provocation et va jusqu’à chanter en duo avec sa fille Charlotte le sulfureux « Lemon Incest ». Mais il ne faudrait pas oublier que derrière ce double s’est toujours caché le grand Serge Gainsbourg qui, jusqu’à sa mort en 1991, a écrit de sublimes chansons. Sa dernière collaboration, avec Vanessa Paradis à l’époque, en est un témoignage de plus.