«LA MALADROITE» : TOUT SAVOIR SUR L’AFFAIRE MARINA, QUI A INSPIRÉ LE TÉLÉFILM

CINÉMA

Le téléfilm d’Eléonore Faucher est inspiré de l’histoire vraie de la petite Marina Sabatier, décédée en août 2009, à l’âge de 8 ans, à la suite des sévices infligés par ses deux parents.

L’affaire Marina Sabatier avait pris dans les années 2010 une dimension nationale, l’opinion publique ayant été profondément émue et marquée par l’histoire dramatique de cette petite fille.

A l’issue d’un procès qui s’était tenu en juin 2012 devant la cour d’assises de la Sarthe, Eric Sabatier et Virginie Darras, ses parents, avaient été condamnés à trente ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de vingt ans pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort de leur fille.

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Retour sur l’effroyable et déchirant destin de Marina Sabatier, qui a bouleversé tout un pays.

UNE ENFANT MALTRAITÉE DÈS SON PLUS JEUNE ÂGE

Le jugement et les différentes enquêtes ont depuis montré que la courte vie de Marina Sabatier n’a été qu’une longue liste de sévices insoutenables, qu’elle a endurés depuis son plus jeune âge.

Battue à coups de pied, de poings, ou de sangles ; affamée des jours durant ; recluse à la cave, nue et bâillonnée ; plongée dans des bains glacés ou brûlants ; forcée à porter des charges particulièrement lourdes, sans chaussures, jusqu’à en avoir les pieds déformés.

Les premiers signalements proviendront, dès 2006, de la propre famille de Virginie Darras, la mère de Marina. L’année suivante, le médecin scolaire de l’école de Parennes, dans la Sarthe, constate lui aussi des marques de sévices et alerte les services sociaux.

A l’école, la petite fille cumule les absences, vole de la nourriture à ses camarades et affabule. A ses blessures, psychiques et physiques continuellement dissimulées sous un épais col roulé, Marina trouve toujours une explication, invoquant le plus souvent une maladresse imaginaire. «Je suis maladroite», dit d’ailleurs Stella, son «double», porté à l’écran dans le téléfilm de France 2, par la jeune Elsa Hyvaert subjuguante de justesse.

En mai 2008, devant les soupçons qui s’accumulent, la famille déménage et s’installe à Saint-Denis-d’Orques, puis à Ecommoy, toujours dans la Sarthe. La directrice de l’école et son institutrice multiplient les alertes au parquet et aux services sociaux, mais rien ne se passe malgré les séjours à l’hôpital qui s’enchaînent, jusqu’à cette nuit fatale.

Au cours des heures qui ont relié le 6 au 7 août 2009, Marina meurt à l’issue d’une dernière nuit de sévices. Au procès, ses parents racontent qu’ils l’ont notamment forcée à boire un verre à moutarde rempli de vinaigre et une cuillère de gros sel. Les coups pleuvent, les douches glacées s’enchaînent. Les bourreaux laissent leur fille prostrée sur le sol de la cave. Ses derniers mots furent : «Bonne nuit maman à demain». Marina ne se réveillera plus jamais.

Le corps de la fillette sera finalement dissimulé dans la cave, puis le congélateur de la maison familiale d’Ecommoy, avant d’être découvert bien plus tard dans le local technique d’une entreprise, recroquevillé dans une caisse en plastique et coulé dans le béton.

LA «DISPARITION»

Le 9 septembre 2009, Eric Sabatier, le père de Marina affirme que sa fille a disparu après qu’il l’a laissée dormir dans sa voiture pendant qu’il allait commander un repas à emporter.

Un «plan de recherche» est immédiatement mis en place, mobilisant 50 gendarmes du groupement de gendarmerie de la Sarthe, avec une équipe cynophile et un hélicoptère.

Le lendemain, le père avoue avoir tout inventé et indique dans un premier temps que Marina est morte «accidentellement» depuis un mois et qu’il a caché son corps dans un entrepôt où il avait travaillé. Le cadavre de la petite est découvert par les enquêteurs, dans la foulée.

Le 13 septembre, les deux parents avouent finalement avoir porté des coups «particulièrement brutaux» sur leur petite fille de 8 ans. Eric Sabatier et Virginie Darras sont mis en examen pour «meurtre, séquestration et violences habituelles» et «dénonciation de faits imaginaires».

LE PROCÈS ET LE RÔLE DES INSTITUTIONS EN QUESTION

Le procès des parents de Marina s’est déroulé du 11 au 26 juin 2012 devant la cour d’assises de la Sarthe. Quatre des plus importantes associations de protection de l’enfance en France se sont portées parties civiles. Une première.

Au cours des débats, il est confirmé que Marina continuait malgré tout de porter un amour inconditionnel à ses parents et ne les a jamais dénoncés. La cour ne parviendra pas non plus à savoir pourquoi Marina était martyrisée, contrairement à ses frères et soeurs.

Une scène marquera profondément le public. Un film est en effet projeté dans lequel on peut voir Marina auditionnée par la gendarmerie le 23 juillet 2008. Entendue seule par deux agents, la petite fille se montre souriante, vive et éclatant de rires, parvenant, à chaque fois, à fournir une explication à toutes ses marques sur son corps.

L’indignation quant à l’absence de réactions de la part des institutions de l’Etat, malgré les nombreux signalements, est générale.

En juin 2020, soit plus de huit ans après le procès, la Cour européenne des droits de l’homme a d’ailleurs estimé que la France n’a pas protégé la fillette des «tortures et traitements inhumains» infligés par ses parents, donnant raison aux deux associations qui avaient porté cette affaire des années durant.

C’est la première fois que la Cour européenne condamne la France en matière de protection des mineurs.

Aujourd’hui, Virginie Darras, la mère de Marina, est toujours incarcérée à Rennes. Si peu de détails sur sa vie ont filtré depuis, on sait néanmoins qu’elle donné naissance à une nouvelle fille dont le prénom commence par un M et se termine par un A.

Éric Sabatier, lui, est mort en prison en septembre 2016 d’un cancer foudroyant à l’âge de 44 ans.